Manger, jeûner, rêver

En ce temps de confinement j’avais besoin de renouveau, de changement. J’avais besoin de nettoyer et de repartir, non pas à zéro mais plus sainement, plus propre. Je cherchais le vide. Le vide autour de moi mais aussi à l’intérieur de moi. Je cherchais à repartir peut-être pour la première fois de ma vie sur mes propres bases et avec mes propres décisions. Pour une fois, je n’ai plus personne à qui rendre compte ou à qui plaire ; et c’est sûrement le meilleur sentiment que j’ai ressenti depuis bien longtemps. On le sens tous, que le monde ne va pas être exactement le même avant cette crise qu’après. On le sens chaque un à l’intérieur de nous et bientôt petit à petit il se verra à l’extérieur 🙂

Ce besoin de nettoyage et de renouveau c’est traduit en moi par une première expérience d’un JEÛNE. J’ai toujours été curieux et depuis peu, curieux de ce que le corps humain peut réaliser. Pour mon cas, gravir des montagnes de plus de 4000m, voyage à vélo de plus de 1500km, le froid, la méditation, le yoga, le chaud et puis arrêter de manger, … pour quelques jours.

J’ai eu l’idée d’un couple d’amis lors d’une partie de Pictionary (ça commence à rimer, faudra pas que je me lance dans une poésie encore une fois). Ils venaient d’expérimenter 10 jours de jeûne avec montée et descente et ils étaient radieux. Ils m’ont conseillé le livre suivant : Et si on s’arrêtait un peu de manger… de temps en temps de Bernard Clavière. Du coup, quelques jours pour lire le livre et je me lance dans l’aventure. J’y vais souvent sur des coups de tête. On y va avec le coeur et pas forcement avec le mental.

Je vais vous expliquer comment moi j’ai vécu le voyage et pas forcement comment il faut faire. Il n’y a pas de bonne méthode et je ne suis pas un expert. Je penses que de manière générale il faut se renseigner un peu avant sur ce qui se fait, ce qui est possible, quels sont les signes d’alerte et lesquels n’y sont pas et puis se lancer avec une vraie détermination.

Jour 1

Je me propose un jeûne de 5 jours avec des jus de légumes et de l’eau. Inconsciemment, j’ai l’impression de manger plus les jours d’avant et même en me proposant de ne rien manger le dimanche soir, je n’y arrive pas. Je me couche donc normalement dimanche et je me réveille le lundi. Rien ne change, depuis des nombreuses années je ne mange pas le matin, du coup pas de petit déjeuner et on mène sa vie habituelle. Au moment du repas, je vais à table avec ma famille mais je me prépare seulement un jus de légumes : fenouil du jardin, carottes, betteraves, concombre et un peu de citron et de gingembre. Je réalise ces jus avec un extracteur de jus qui fonctionne par pression des légumes dans une vis sans fin. Pas de découpe des légumes ou de force centrifuge.

Certes on a un peu faim mais le sentiment disparait naturellement vers 14-15h. L’après-midi se passe normalement et en plus je me sens léger. De manière générale mes moments préférés de la journée sont ceux avant les repas, vers 11h le matin et à partir de 17h l’après-midi. C’est à ce moment là que je suis le plus éveillé et vital. J’ai un grand appétit et j’ai une mauvaise tendance à manger TROP et trop VITE. Du coup même si je garde une alimentation équilibrée, pas grasse ou sucrée, végétarienne, manger TROP et trop VITE c’est pas bon. Cette sensation de trop plein et de mou après le repas est souvent là. L’envie de faire une sieste ou de diminuer le rythme est là et c’est pas forcement ce que je recherche en plein milieu de la journée.

Le soir je bois également un verre de jus de légumes. J’ai bu de l’eau durant la journée et on retrouve un peu cette sensation d’estomac plein. Se coucher le ventre vide par contre c’est une autre histoire. C’est quand même un peu plus difficile. J’assimile cet effet à un sentiment de peur du corps à se laisser aller. Il a peur de se détendre et de se laisser aller sachant qu’il est en « manque » de nourriture. Beaucoup de peurs dans notre société actuelle sont comblées par la nourriture : boulimie. On arrive quand même à dormir et pour se relâcher j’écoute souvent un épisode de cette chaine de relaxation: Le cocon de coton. Pour moi ça marche à chaque coup, j’ai jamais réussi à finir un épisode.

Jour 2

Deuxième jour, réveil le ventre vide. Je me sens plus léger, bien sûr. Je passe la matinée au téléphone avec un ami. Il faut bien se nourrir de quelque chose. On peut se nourrir d’émotions, d’une balade, d’une séance de yoga, de jardinage ou de n’importe quelle bonne action. On se nourrit de la lecture d’un livre de la même façon que d’une part de pizza. Enfin presque, enfin mieux.

Pour les jus de jus de légumes, il est quand même recommandé d’avoir des légumes de saison, ils sont plus frais et contiennent plus de vitamines. J’ai choisi le jeûne aux jus de légumes pour continuer à avoir une vie et une activité sportive tout à fait normale. Il est dit que lors d’un jeûne à l’eau il est conseillé d’avoir un rythme de vie plus léger. Le deuxième jour j’en ai pris 3, un à chaque repas. Le sentiment de faim est là et s’intensifie par rapport au premier jour. C’est normal. Il faut voir la faim comme une addiction à notre habitude de manger. C’est une juste réaction de notre corps à ce que nous l’avons habitué toutes ces années. À ce qui paraît la vraie faim arrive beaucoup plus tard et c’est LE signe d’interrompre le jeûne. Dans le livre que j’ai lu on parle que on peut commencer à ressentir cette faim à partir du 40ème jour. On n’y est pas encore et ce n’est pas encore notre objectif.

Jour assez calme au final, mais je passe beaucoup de temps dehors au soleil, et je profite chaque jour d’une balade d’un peu plus d’une heure autour de la maison. Le monde est calme à l’extérieur et il se calme à l’intérieur également. Le sommeil vient plus rapidement. Le corps s’habitue.

Jour 3

C’est à partir du 3ème jour, apparemment, que le corps comprend que les habitudes changent et qu’il ne va pas recevoir à manger. Il commence alors à faire du nettoyage. Qu’il commence à se nourrir de ce qu’il a à l’intérieur : cellules défectueuses, cellules mortes, graisses … Il se nettoie car il est fait pour cela. Dans notre société de consommation, nous nous inquiétons des qu’une personne malade perd l’appétit. Il faudrai pas, ce manque d’appétit est LA manière de notre organisme de nous dire de lui laisser du temps pour gérer la chose et de ne pas le déranger avec un travail supplémentaire qui est la digestion. Nous sommes des mammifères de la même manière que les cerfs, les lions, les ours ou encore les éléphants. Certes nous avons tous un système digestif qui n’est pas là par hasard, mais si nous ne l’utilisons pas au quotidien ce n’est pas si grave. De même les animaux ne chassent pas tous les jours ou n’arrivent pas à s’alimenter de manière égale au quotidien. C’est la loi de la nature et nous devrions aussi la suivre.

Toujours au régime des jus de légumes, j’alterne entre fenouil, blette, concombre, betteraves, carottes, parfois un peu de pommes et toujours un peu de citron et de gingembre. J’avais lu des bienfaits de l’herbe de blé mais j’en avais pas préparé et aussi de la spiruline mais je sentais pas le besoin d’en prendre. Le goût des jus est intense, il excite les papilles.

S’endormir devient normal maintenant. Quasiment pas de difficultés reliées au jeûne. Le sommeil est cependant très nourrissant en temps normal et spécialement en période de jeûne. Il est important que le corps apprenne à puiser son énergie de manière plus pure, plus simple et plus directe qu’à travers les produits transformés que notre société lui propose. Il est important aussi que nous soyons dans un état émotionnel stable, que nous ne consommions pas notre énergie dans des colères ou des peurs inutiles. Déjà nous partons avec la certitude que le jeûne est possible et nous devons l’envisager avec joie et pas avec peur. Nous allons pas mourrir de faim, d’épuisement ou de déshydratation avant plusieurs semaines. Cela est rassurant, après il est préférable de pas se prendre la tête avec personne et de rester dans un environnement social plaisant 🙂

Jour 4

En ce quatrième jour nous allons parler de selles. Il est conseillé de bien s’hydrater. Ne pas manger ne signifie pas, ne pas boire. Moi je confondais souvent les deux et puis les signaux de notre corps sont un peu perturbés aussi. On ne sait pas très bien si on a faim ou soif ou si les signaux sont réels ou imaginaires. Du coup il faut pas hésiter de boire. De mon coté de suis allé aux toilettes les 3 premiers jours comme d’habitude avec de moins en moins de quantité, 4ème jour, rien et puis 5ème jour au soir de nouveau étonnement, pas mal de quantité. Il est vrais que le 4ème jour j’ai pas bu beaucoup d’eau alors que le 5ème si. D’ou l’importance des liquides pour bien purger le corps. De toute façon, la réaction de chaque organisme sera différente mais un nettoyage aura lieu dans tous les cas.

Au niveau de l’exercice, comme dit précédemment, je passe du temps dehors et je fais une heure de marche chaque jour. Il suffit de faire ces propres choix car nous sommes tous différents. Quoi qu’il en soit, ne forcez pas, prenez du plaisir et arrêtez aux premiers signes de fatigue. La pratique du hatha-yoga dans sa version lente où on maintient longtemps les postures est bien évidemment recommandé. On sélectionne de préférence les asanas qui font travailler le ventre et le colon:

  • en torsion : Jathara, Parivartanâsana, Ardha-Matsyendrâsana,
  • en pression : Yogamudra, Dhanurâsana, Shalabhâsana, Mayurâsana, Dolâsana,
  • en contraction : Paripurna, Navâsana,
  • en étirement : Supta Vajrâsana, Bhujangâsana, Ustrâsana, Maha mudra, …

Et puis on oublie pas la reine des postures : Suryanamaskar. C’est une manière bien efficace de se nourrir de prana ( prana : dans la tradition hindoue elle représente le souffle, la respiration, la vie, la vitalité, la vent, la force ; c’est l’énergie cosmique qui fait que la vie est envisageable)

Jour 5

En ce dernier jour on se sent bien mais la fin est approche. Moi je fonctionne comme ceci : j’arrive à me fixer des contacts avec moi même facilement et à les tenir sans faille. Dés que j’y fais qu’une minuscule dérive tout s’effondre. Du coup, le dernier jour est un peu plus dur que les autres et la faim s’intensifie. Je sais que c’est seulement dans ma tête mais elle devient de plus en plus présente. Tout est émotions et mental. Dire que le 2ème et 3ème jour j’ai cuisiné pour ma famille sans lécher une cuillère et là j’ai de plus en plus de mal à m’y retenir.

Le sentiment de faim, pas celui que nous connaissons tous mais celui qui vient après 2-3 jour de jeûne est un sentiment magnifique. Il est beau, pur, pas envahissant, pas dominant, il est juste là comme un sentiment de bonheur et de joie. Il fait du bien. Je recommande.

Je recommence à manger le soir du 5ème jour, un peu mais normal quand même. J’ai cédé à mes émotions 😦 J’ai certes un peu mal au ventre mais rien d’inquiétant. Ce fut une belle expérience a renouveler de temps en temps, tous les 6 ou 12 mois.

Aujourd’hui

Aujourd’hui et depuis toujours j’ai pas ressenti le besoin de manger le matin. Du coup finit les qu’en-dira-t-on et le lavage de cerveau comme quoi le petit-déjeuner est le repas le plus importent de la journée. Je ressent aucun plaisir à boire à jeun un verre de jus d’orange acide ou encore un café ou un toast. Du coup je ne le fais plus. Je mange le midi et le soir normalement. Certains appelant ça le jeune intermittent : pause de repas de 20h par exemple jusqu’à 12h le lendemain. Cela fait 16h de pause repas. Moi je l’appelle le quotidien et ça me vas très bien. Chaque un devrait manger comme il le sent et en respectant les sentiments de son corps.

De plus j’essaye de ne rien manger un jour par semaine comme le faisaient mes arrière grands parents. Ils ne mangeaient pas le vendredi. Moi c’est le lundi. du coup je mange le dimanche soir et puis le prochain repas sera le mardi midi. Cette sensation de s’endormir l’estomac vide le lundi soir reste un peu bizarre mais je penses que je vais bien m’y habituer.

Je vous ai parlé ici d’une belle expérience que j’ai réalisé durant ce confinement. Je vous conseille à tous de prendre le courage et de vous lancer. De vous lancer à découvrir de quoi votre corps est capable mais aussi de lui faire un cadeau, une semaine de repos, une semaine de repos de temps en temps…

2 commentaires sur « Manger, jeûner, rêver »

  1. Salut Serban,

    Très intéressant pour moi de te lire car j’appréhende ma prochaine aventure :
    Une itinérance de 3j dans les Cévennes avec comme cahier des charges :
    -Atteindre un point d’extraction à 100km de marche du point de départ via différents obstacles (rivière, escalade, marais…)
    -Apport nutritif exclus durant ces 3j afin de repousser ses limites physiques et gérer le déséquilibre calorifique
    -Se démerder pour trouver de l’eau et dormir.
    -Sans matériel/préparation

    C’est surtout l’absence de nourriture que je vais découvrir… et ainsi la gestion de l’effort sur 3j.
    En espérant que le mental prenne comme prévu le relais.

    Au plaisir d’échanger
    Aurel

    Aimé par 1 personne

    1. Whouw! Beau challenge! Je pense qu’au niveau mental tu arrivera a bien gérer durant les journées car elles seront remplies d’aventures. Le soir au moment du repas ou au moment de dormir, lors ce que l’esprit sera plus calme le sentiment de vide te comblera peut-être.
      Comment compte tu faire pour le couchage sans matériel? Ça m’intéresse car je prépare un autre voyage à vélo plus léger cette fois ci, pas de tente par exemple.

      J'aime

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